Wall Street sous Obama

Translations

Shamus Cooke

Après que les digues financières ont été rompues et que les banques en déconfiture ont ouvert la voie à la crise économique, un peuple en colère a réclamé à grands cris des changements drastiques dans le système financier. Obama reflétait bien ces sentiments, utilisant par moment une rhétorique radicale pour dénoncer les titans de la finance. Il avait promis un changement profond de la régulation afin qu’une telle crise « ne puisse plus se reproduire ».

Comme toutes les autres promesses importantes, la promesse d’Obama de « contenir » les banques est tombée à l’eau : la rhétorique qui tombait à point nommé a adouci les tensions du public et, à présent, les affaires sont de retour comme avant. Le New York Times fait remarquer :

« Protégées par des garanties fédérales colossales [les subventions bancaires], les plus grosses banques ont seulement fait mine de se restructurer… les salaires sont déjà retournés aux niveaux d’avant le krach, avec en tête les 30.000 employés de Goldman Sachs, qui sont en route pour gagner en moyenne 700.000 dollars cette année [environ 480.000 €]… Les cadres supérieurs de la plupart des banques ont gardé leur emploi. » (New York Times, 11 septembre 2009).

Non seulement les mêmes personnes qui ont contribué à détruire l’économie sont toujours à leurs postes immensément puissants, mais leur pouvoir s’est accru. The Economist donne l’explication suivante :

« Loin de céder du terrain, les grosses banques sont devenues encore plus grosses, aidées par les fusions négociées par le gouvernement. Les règles ont été contournées ou enfreintes… près de la moitié des prêts hypothécaires américains au premier semestre 2009 ont été accordés par la Wells Fargo, qui a repris la banque Wachovia, ou par Bank of America, qui a avalé Countrywide. »

Et : « Les plus grandes banques américaines étaient trop grosses pour faire faillite avant la crise. A présent, elles sont encore plus grosses. » (The Economist, 10 septembre 2009).

Les super banques qui ont émergé du massacre participent toujours à ce même jeu de casino financier ultra risqué qui a ruiné les vies d’un nombre incalculable de personnes. En fait, les mauvais comportements des banques ont été incroyablement renforcés, puisque les paris qui ont conduit à leur faillite ont eu pour résultat les plans de sauvetage financés par les contribuables, plans de sauvetage également très profitables.

L’économiste Nassim Taleb a prévenu « que ce système est devenu encore plus risqué depuis l’automne dernier. Le soutien étendu du gouvernement qui a commencé après l’effondrement de la banque Lehman conduira les investisseurs à supposer que les gouvernements empêcheront toujours les principales banques de s’effondrer. » (New York Times, 11 septembre 2009).

Ce même article conclut que « Les banques garderont les profits lorsque leurs paris marchent, tandis que les contribuables épongeront les pertes lorsque les paris rateront et menaceront le système. »

Obama traite la régulation financière de la même façon qu’il a affronté le système de santé : il utilise un langage radical pour satisfaire l’opinion publique qui n’est pas ou peu suivi d’action. Le système financier est également similaire au système de santé dans un autre domaine. En effet, Obama est poussé à agir de façon minimaliste : Exactement comme les dépenses de santé, qui atteignent des sommets, réduisent les profits de nombreuses entreprises, le système financier mal ficelé est une menace pour les entreprises en général. C’est la raison pour laquelle un peu de réforme est entreprise par la Maison Blanche.

Le problème est qu’Obama a entassé des cadres supérieurs de Wall Street dans tous les recoins de son administration, tandis que le Congrès est également inondé de lobbying (pots-de-vin légaux) de la part des grosses banques. Par conséquent, tout changement est difficile. Le New York Times observe :

« L’administration Obama a proposé de modifier les règles, mais même ceux qui soutiennent ces modifications disent qu’on leur met des bâtons dans les roues au Congrès. Pour l’instant, les banques achètent et vendent toujours des produits dérivés non régulés, malgré le rôle que ceux-ci ont joué dans le chaos de l’automne dernier. Les changements radicaux, comme des plafonds salariaux ou des restrictions sur la taille des banques, rencontrent une résistance écrasante. Même des changements mineurs, comme exiger des banques qu’elles en révèlent plus sur les produits dérivés qu’elles possèdent, sont loin d’être acquis. » (New York Times, 11 septembre 2009).

Au plan international, la régulation bancaire est une question brûlante. Les actifs pourris qui ont été vendu à l’étranger par les entreprises américaines s’élèvent à des dizaines de trillions de dollars et ont infecté les économies partout dans le monde, tout en permettant à des entreprises particulières de certains pays – aux Etats-Unis et en Angleterre – d’engranger des profits immenses.

Le G-20 doit se réunir ce mois-ci à Pittsburgh pour discuter de cette question. L’Allemagne et la France veulent un changement radical, alors que leurs banques sont beaucoup moins puissantes. « Les dirigeants de ces pays disent qu’ils veulent que le G-20 limite la taille des banques et durcisse les règles relatives au capital. » (Bloomberg, 2 septembre 2009). Cette mesure sera évidemment refusée par l’Angleterre et les Etats-Unis, où les banques ont continué de croître et où elles profitent toujours énormément des règles laxistes.

Bien que les économies mondiales qui sont étroitement liées bénéficieraient de la coopération en matière de régulation financière, ce sont les conflits d’intérêt au niveau des entreprises les plus puissantes de ces pays qui rendront une véritable réforme impossible. Ou encore, ainsi que le formule le directeur de l’Institut de la Finance Internationale, « Nous sommes partagés entre les pressions politiques nationales et le désir de nous coordonner. (Bloomberg, 2 septembre 2009).

Par conséquent, le G-20 publiera probablement une déclaration vague sur la coopération en matière de régulation financière, tandis que des conflits en coulisse éclateront entre la France et l’Allemagne, d’une part, et les Etats-Unis et l’Angleterre, d’autre part.

Le peu de temps qu’Obama a déjà passé à la Maison Blanche a enseigné une grande leçon à des millions de personnes : Les Démocrates valent les Républicains lorsqu’il s’agit d’assister et d’être complice des super riches, qui se sentent autant à l’aise en s’alignant avec l’un ou l’autre parti. Pour eux, les dons de campagne et le lobbying sont des investissements infaillibles et juteux.

Les Démocrates continueront de subventionner les banques lorsqu’ils en auront l’occasion : en effet, les sommes d’argent que la Réserve Fédérale continue de leur allouer généreusement sont des secrets d’Etat. Les associations de travailleurs et de quartiers doivent s’organiser pour mettre fin à ces subventions, tout en exigeant que toutes ces subventions soient remboursées. Les banques incapables de rembourser cet argent devraient être mises en faillite et nationalisées en tant que services publics, pour servir à reconstruire les infrastructures du pays, et à fournir des emplois et des prêts à des taux raisonnables à ceux qui en ont besoin.

De telles idées peuvent contribuer à apporter l’impulsion nécessaire en vue de briser enfin ce système bipartite qui est au service des entreprises, et pour que les intérêts des travailleurs puissent enfin trouver une représentation politique. Retirer aux Démocrates le soutien des syndicats est la première étape pour que cela devienne une réalité.

Shamus Cooke est un travailleur social, syndicaliste et rédacteur pour Workers Action

Tags: